INTERVIEW – Ex-directrice de la prospective et du suivi des politiques publiques d’Axa, Amélie de Montchalin est députée LREM de l’Essonne depuis le 19 juin et porte-parole du groupe majoritaire à la commission des finances.

 

LE FIGARO.- Selon l’institut économique Molinari, la «libération fiscale» française interviendra cette année ce 29 juillet, soit la date la plus tardive d’Europe. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Amélie de MONTCHALIN.- Cette date du 29 juillet, établie à partir de calculs qui sont d’ailleurs contestables, reste choquante en soi car elle correspond à une réalité. Les dépenses publiques représentent 57 % du PIB du pays sans que les Français en perçoivent les résultats. Notre programme politique a pris la mesure de ce mécontentement. Nous voulons réorganiser profondément la dépense publique pour la rendre plus efficace et plus efficiente. Nous allons réfléchir au périmètre de cette dépense, voir si l’État doit se retirer de certains domaines pour les confier à l’échelon local ou au privé. Nous ne pouvons plus nous permettre de gaspiller l’argent public!

 

D’après l’étude, la réforme d’Emmanuel Macron qui consiste à supprimer certaines cotisations salariales contre une hausse de la CSG n’améliorerait qu’à la marge la situation… Ne fallait-il pas redresser plus franchement la barre?

Si l’on raisonne en agrégé, cette mesure modifie peu les grands équilibres fiscaux, mais ce n’est pas pertinent. Cette réforme apporte des changements fondamentaux à notre économie. Et ce n’est pas tant une question de niveau fiscal que de répartition des charges entre les Français. Désormais, tous participeront davantage au financement de la protection sociale, qui ne reposera plus uniquement sur les actifs et les revenus du travail. Tout le monde n’a pas le même rôle dans l’économie. Notre objectif est clair: que le travail paie!

 

La saison budgétaire avance. Allez-vous pouvoir tenir l’objectif européen d’un déficit public à 3 % du PIB sans hausse des impôts?

Ne pas augmenter les impôts est un engagement fondamental du président de la République. Nous le suivrons! Pour tenir l’objectif des 3 % en 2017, on ne va toucher qu’à la dépense. Nous procédons par décrets d’avance et par décrets d’annulation, en regardant les dépenses ligne par ligne, programme budgétaire par programme budgétaire. Pour le budget 2018, nous lancerons les premières réformes structurelles, qui permettront de dégager d’importantes économies. Nous allons travailler sur tous les domaines où la France dépense plus que les autres États européens sans obtenir de meilleurs résultats. Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, a cité nos premiers chantiers: logement, formation professionnelle, intervention sociale.

 

Auteur: Anne de Guigné

Source: http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/07/26/20002-20170726ARTFIG00275-amelie-de-montchalin-nous-ne-pouvons-plus-nous-permettre-de-gaspiller-l-argent-public.php

Mis à jour: 26/07/2017

Crédits photo: Gwendoline LeGoff / Gwendoline LeGoff / Panoramic